vendredi 13 février 2009

Qui sont-ils vraiment?

Judensau


La Judensau (littéralement en allemand : « Truie des Juifs ») est le terme utilisé pour désigner des motifs animaliers métaphoriques apparus au Moyen Âge dans l'art chrétien anti-Juifs et dans les caricatures antisémites presque exclusivement dans les pays de langue germanique. L'utilisation du thème du cochon vise à humilier, car le porc est considéré comme un animal impur (en hébreu: Tame) et interdit à la consommation selon les lois de la cacherouth.




Les premières représentations de Truies des Juifs datent du XIIIe siècle, en Allemagne. On en retrouve actuellement près d'une trentaine sous forme de sculptures ou bas-reliefs dans des églises ou des bâtiments d'Europe centrale. A partir du XVe siècle, avec l'invention de l'imprimerie, apparaissent des caricatures dans des pamphlets et des livres incendiaires.

Depuis le XIXe siècle, ce terme est aussi utilisé comme injure verbale contre les Juifs.

De nos jours, l'utilisation de l'expression Judensau à l'égard d'une personne ou en public est interdite et sanctionnée pénalement en Allemagne, Autriche et Suisse. En Allemagne, la peine peut même être aggravée en estimant qu'il y a eu une provocation à l'agitation populaire.

L'image médiévale de la Truie des Juifs représente un cochon (généralement une truie) en contact intime avec des gens. Les figures humaines sont très identifiables et portent des indices permettant d'identifier les Juifs, tels que le chapeau juif (Judenhut) ou l'anneau jaune (Judenring) de l'époque. Dans la majorité des cas, les Juifs présentent un visage de porcelet et sucent les tétines de la truie. Dans d'autres représentations, ils chevauchent le cochon à l'envers, avec le visage tourné vers l'anus du cochon, et recevant en plein visage l'urine qui gicle. Dans d'autres encore, ils enlacent et embrassent le cochon.



La Judensau de Wittenberg

Des sculptures ou images d'une Truie des Juifs se trouvent dans de nombreux édifices, principalement des églises.

La représentation la plus ancienne connue (aux alentours de 1230), se trouve sur le chapiteau d'une colonne dans le cloître de la cathédrale de Brandebourg. Elle représente la Judensau comme un mélange entre un Juif et un cochon. Ce type de figuration ne sera plus représenté ultérieurement. Au XIIIe siècle, on trouve des exemples à Lemgo, Xanten, Eberswalde, Wimpfen et à Magdebourg. Shachar impute au XIVe siècle les motifs à Heiligenstadt, Cologne (Cathédrale), Metz, Ratisbonne, Uppsala, Gnesen, Colmar et Nordhausen. Le reste des sculptures de Judensau appartient au XVe siècle.

Le cochon symbolise dans la tradition biblique, l'impureté et le péché que la personne doit combattre et surmonter, car Dieu l'a créé à son image. Ainsi, le Christ d'après Marc (5,1-20), chasse les mauvais esprits d'une personne et les envoie dans un troupeau de cochons qui se jette dans la mer et se noie. La Deuxième épître de Pierre (2, 22), décrit la punition pour ceux qui se détournent de la foi chrétienne:
« Ce que dit le proverbe leur est arrivé: le chien remange ce qu'il a vomi et la truie se vautre après avoir fait ses besoins dans sa crotte. »
Ici, le "retour" au judaïsme est représenté comme une conduite de cochon. Ceci n'est pas nouveau, car déjà, certains pères de l'Église insultaient les Juifs et les hérétiques en les traitant de Cochons.

Avec l'adoption des vertus et défauts hellénistiques, la théologie chrétienne depuis le Ve siècle a édicté la liste des sept péchés capitaux: les deux derniers, la gourmandise (en latin: gula) et la luxure (luxuria), étaient souvent symbolisés dans les représentations figuratives par un cochon. Cela incarnait les impurs et les pécheurs, dont le ventre était rempli de saletés et qui ne laissaient à leurs descendants que des excréments. (Psaumes: 17,14)

Jusqu'au IXe siècle, ces péchés n'étaient pas encore identifiés au judaïsme, mais seulement comparés. Raban Maur, dans son encyclopédie "De Universo" (847) mettait côte à côte sur la même page des Juifs et des cochons, puisque les deux sont athées, pécheurs et obscènes. Après cela, il se référait à "l'auto-imprécation" dans l'Évangile selon Matthieu (27, 25): « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants !. » Là, les Juifs, comme les cochons, étaient représentés par une allégorie, afin de mettre en garde le simple chrétien avec des images frappantes.

Les sculptures dans les églises du haut Moyen Âge symbolisent la vision du christianisme triomphant régnant sur le monde, en opposition avec l'Ecclésia (l'Église) victorieuse de la Synagogue vaincue.

Aussi, les premières sculptures de la Truie des Juifs du XIIIe siècle, présentaient bien les Juifs de façon négative, certes, mais ne se moquaient nullement du judaïsme: Les Juifs étaient seulement pris comme exemples pour représenter tous les pécheurs. Mais déjà la première représentation de la Truie des Juifs (autour de 1230) conduisait à l'amalgame du Juif et de la truie. Elle vient de l'époque où le "rejet" du judaïsme constituait un ciment socio-politique. Le IVe concile du Latran (1215) met en place une ghettoisation des communautés juives médiévales et une discrimination entre autres d'ordre vestimentaire.

A partir de cette date, le judaïsme est de plus en plus dévalué, comme une religion dépravée, sale et ridicule. Cela s'aperçoit sur les motifs des Judensau ultérieurs. Sur les stalles de la cathédrale d'Erfurt, le conflit des religions est représenté comme un tournoi (début du XVe siècle). Pendant que l'Église chevauche sur son cheval, la synagogue est assise sur un cochon. A Aarschot dans les Flandres belges, un chapiteau de colonne explique le motif: "Ici, chevauche un Juif sur un bouc". Le bouc étant le symbole du diable, on dépasse maintenant la simple dérision satirique.

Dès 1517, Martin Luther prononce ses sermons, à l'origine de la Réforme, dans l'église du château de Wittenberg. Son libelle antijudaïque de 1546, porte d'ailleurs comme titre Schem Hamphoras comme l'indication marquée sur le bas-relief[3].
« Derrière la truie, se trouve un rabbin qui soulève la patte droite de la truie, se dresse derrière la truie, se penche et regarde avec grand effort le Talmud sous la truie, comme s'il voulait lire et voir quelque chose de très difficile et d'exceptionnel. »
Luther en positionnant le Talmud sous la truie, se moque de l'exégèse rabbinique et de la foi juive en la considérant comme ridicule et sale; ainsi, il exclut tout dialogue idéologique imaginable avec les Juifs ainsi que la reconnaissance de leur tradition indépendante.

La Judensau de Francfort est particulièrement provocatrice. Elle faisait partie des peintures murales datant de 1475 qui se trouvaient sur la tour du vieux pont de Francfort-sur-le-Main près de la Judengasse (ruelle aux Juifs). Elle est restée une des attractions touristiques de la ville jusqu'à la destruction de la tour du pont en 1801. Elle représentait un rabbin qui chevauchait à l'envers une truie, un jeune Juif sous le ventre de la truie et suçant les tétines, un autre vers l'anus ou la vulve et aspirant; derrière se trouvait le Diable et une Juive chevauchant un bouc (symbole du Diable). Au dessus, le cadavre mutilé de Simon de Trente, victime d'un meurtre rituel attribué aux Juifs. Une phrase expliquait:
« Aspire le lait, mange la crotte,
C'est votre meilleure nourriture »
Cela devait souligner que les Juifs n'étaient pas des créatures normales, et qu'ils se trouvaient plus proches des animaux et du diable que des êtres humains. Le lien fait avec le meurtre rituel ne pouvait qu'attiser les pogroms[4]. Cette représentation était largement répandue grâce à des gravures sur bois ou des estampes, présentant parfois quelques variantes, dont plusieurs ont pu être conservées. Sur les imprimés, le diable a le plus souvent la physionomie attribuée aux Juifs et porte l'anneau jaune.

Avec l'invention de l'imprimerie, on trouve des caricatures de Truie des Juifs dans de nombreux livres et pamphlets, surtout de la période de la Réforme. Au XVIe siècle, des médailles se moquant des Juifs, avec le même type de motif, font aussi leur apparition.

La Judensau est si populaire, qu'il existe même une pièce de théâtre pour le mardi gras, de Hans Folz, datant du XVe siècle. Dans cette pièce, Ein spil von dem herzogen von Burgland (Une pièce du duc du château), il est recommandé à la fin, de trouver une peine pour les Juifs.
« Je dit, avant toute chose, que l'homme
La plus grosse cochonne se pavane
En dessous il se blottit
Et aspire ses tétines avec bruit
Leur Messie est étendu sous la queue »
L'association des Juifs avec la truie et le diable est aussi transmise par les images caricaturales qui circulent où on les voie avec des oreilles de cochon, des pieds de bouc et des cornes. Un pamphlet anti-Juifs de 1571 montre la figure des Juifs recouverte d'une capuche jaune, avec le corps repoussant, des griffes comme les griffes du diable, des pattes d'oie, le visage d'un cochon avec des cornes et des bois. L'un d'entre eux, un jongleur avec une cornemuse, est à cheval sur une truie qui mange ses excréments.

Au XVIIe et XVIIIe siècle, les représentations des Judensau de Wittenberg et de Francfort étaient particulièrement populaires. Elles étaient représentées dans de nombreux livres et servaient à la propagande anti-juive. On retrouve encore au XIXe siècle certaines représentations, principalement dans des séries d'images imprimées, où les Juifs sont associés à des cochons.

Au XIXe siècle, la propagande anti-juive suppose que l'association entre Juifs et cochons est, grâce aux images imprimées, déjà fortement implantée dans l'esprit du peuple. Dans l'Empire allemand, la tradition des caricatures antisémites dans le contexte de l'émancipation des Juifs (1870-1890), se renforce.

A cette époque, l'insulte verbale de la Truie des Juifs est usuelle, et l'expression existe dans la littérature traitant du Moyen Âge.

Depuis la révolution de novembre 1918, la droite nationaliste utilisait cette expression pour dénoncer les criminels de novembre. Ainsi, vers les années 1920, une chanson à boire des nationalistes allemands attaquait le ministre des affaires étrangères de la République de Weimar:
« Faites claquer les fusils - tak, tak, tak
Sur la racaille noire et rouge.
Aussi Rathenau, le Walther,
Ne vivra pas très vieux,
Flinguez le Walther Rathenau,
La maudite Truie des Juifs![7] »
Cet appel au meurtre sera entendue et Rathenau sera assassiné en 1922 dans la rue.

En raison du contexte historique passé, les insultes Judensau (la Truie des Juifs) et Saujude (cochon de Juif) sont considérées aujourd'hui comme une offense incontestable. Pourtant ce type d'expression peut encore s'entendre de nos jours dans les stades de football, à l'encontre de sportifs ou arbitres juifs ou israéliens.





Christ Before Pilate - Jerome Bosch
http://www.sandstead.com/images/nyc/princeton/BOSCH_(follower_of)_Christ_before_Pilate_c1520_source_sandstead_d2h_29.jpg
Notice the countenances of the figures in this illustration. The accusers of Christ have the hooked-nose, unseemly appearance characteristic of the jews, While Christ is depicted as the straight-nosed Aryan type.




De l'antisémitisme classique

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