vendredi 25 juin 2010

Les responsables de la Deuxième Guerre mondiale (1948)

Auteur:
Philippe Hamel
22, Place d'Aiguillon, Québec

Éditeur:
Imprimerie Populaire Limitée
430 Est rue Notre-Dame, Montréal




UN PEU DE LUMIÈRE SUR UNE PROPAGANDE MENSONGÈRE

Point d'esprit sérieux qui ne se pose aujourd'hui la question: où va le monde à l'allure présente. Partout où l'on se donne la peine de réfléchir, l'inquiétude grandit. Les hommes des hautes sphères et de la classe moyenne deviennent soucieux de l'avenir. Les savants sont comme pris de panique devant les monstruosités rendues possibles par leurs récentes découvertes. L'Europe et l'Asie connaissent une misère profonde, pendant que notre Amérique s'endette follement pour venir en aide aux pays dévastés par la guerre, les épidémies et la famine. Le monde est-il ainsi conduit à l'abîme par la sagesse de ses gouvernants ou par la sottise des faux prophètes, des prétendus défenseurs de liberté, des sauveurs de démocratie et de chrétienté? C'est la question que nous devons nous poser. Examinons, sans préjugés, sans passion, la manière d'agir de nos gouvernants envers l'ennemi d'abord, puis envers nous-mêmes; et voyons où sont les coupables de tous ces malheurs. Il ne s'agit plus de flatter la susceptibilité de celui-ci ou de celui-là, encore moins de ménager l'orgueil ou le racisme de tel ou tel pays. Il importe de connaître la vérité, de rechercher les causes de ce règne de haine, de barbarie sur le monde. Par prudence et pour ne pas être accusé de favoriser l'ennemi, je n'emploierai que de la documentation et des écrits publiés de notre côté de la barricade.

Depuis 1914, deux guerres mondiales ont ravagé l'univers, toujours sous le prétexte de sauver ce qu'on appelle faussement la démocratie.

Pour satisfaire notre haine du Kaiser puis d'Hitler, nous nous sommes alliés à n'importe quel pays, fût-il totalitaire, communiste ou athée. Il fallait détruire la puissance germanique et surtout la concurrence allemande, et devant cette nécessité, ne s'arrêter à aucun scrupule, aucun principe. Nous avons même déformé la signification des mots pour atteindre malhonnêtement nos fins. Ainsi nous avons donné à la "Neutralité" un sens nouveau qui nous permettait, tout en ayant l'air de demeurer hors du conflit, de fournir des crédits, des canons, des mitrailleuses, des munitions, des camions, des avions, des destroyers à nos amis. L'ennemi, lui, devait accepter cette parodie de la neutralité ou bien se voir désigné, à la face de l'univers, comme l'agresseur, l'assoiffé de domination.

En 1914, le diable sur terre, c'était l'empereur Guillaume II; en 1938 c'était Hitler; aujourd'hui c'est la Russie bolchévique, notre alliée. D'aucuns prétendent que le communisme c'est l'Antéchrist. (1)

Dans nos rangs, nous les sauveurs de la démocratie et de la chrétienté, nous comptions des pays comme la Chine où ne s'est jamais tenue une élection, ce qui est tout l'opposé de la démocratie; et des pays athées comme la Russie, ce qui est tout l'opposé de la chrétienté. Tout nous était permis pour satisfaire notre haine et notre jalousie contre un peuple que nous voulions tenir en tutelle. L'Allemagne voulait dominer le monde, criait-on, comme pour faire oublier que c'était nous qui le dominions.

Un pays avait-il un régime qui ne nous convenait pas, il lui fallait le liquider, sans quoi nous assumions la tâche de modifier sa vie intérieure. Envers Franco observez l'attitude des Nations Unies, ce chrétien béni du Pape, le sauveur de l'Espagne jadis en proie à la barbarie communiste. On a même voulu le contraindre à disparaître comme chef de son pays. Ce qui n'empêchait pas les dirigeants alliés de proclamer que chaque pays avait droit au régime de son choix. Charte de l'Atlantique, mensonge effronté!!

Par une singulière coïncidence, l'Irlande, le Portugal, l'Espagne et l'Argentine, tous pays catholiques, furent exclus des nations unies par les "admirables" défenseurs de la chrétienté.

Ainsi les mots liberté, chrétienté et démocratie, ont servi de voile, d'écran, durant les deux grandes guerres, aux convoitises de la dictature économique qui domine le monde. Elle ne connaît pas de patrie, cette dictature, elle est internationale ; elle n'a qu'un maître, un dieu: l'argent. Grâce à un contrôle efficace des moyens de propagande, les coupables, je veux dire ceux qui ont accumulé sur le monde les ruines matérielles et morales, qui ont conduit tant de pays à la misère et à la pauvreté, tiennent encore les rênes du pouvoir ou sont remplacés par de leurs semblables.

Ces parrains de la "démocratie contemporaine" -- qui n'est en somme qu'un système oligarchique -- contrôlent la presse, la radio, le cinéma ; par ces moyens, ils réussissent à convaincre le peuples que si l'habitation, le vêtement et la nourriture leur font défaut; si les impôts deviennent des confiscations; si nous vivons sous un régime semi-totalitaire, ou plutôt semi-communiste, c'est toujours pour le salut de la démocratie. Par la propagande, ces chefs de pays où domine le surcapitalisme, persuadent les masses de l'arrivée prochaine de l'âge d'or; il n'y aurait qu'à leur faire confiance jusqu'au terme de cette voie de souffrance et de privations pour atteindre enfin paix et prospérité.

Les décorations et les pots-de-vin jouent leur rôle présentement, tout comme lors de l'après-guerre, en 1918. A tout prix il faut endormir l'opinion de l'élite, donner satisfaction à l'orgueil des uns et à la cupidité des autres. Et voyez pleuvoir titres, médailles, décorations de toute espèce. Elles se fixent sur des poitrines augustes tout autant que sur des vestons de personnage médiocres ou de fripons. Et voici, pour ébahir la foule, on dresse une mosaïque d'hommes de valeur, d'arrivistes et de tripoteurs de finance. On décore aussi bien un digne prélat qu'un premier ministre ou un Staline.

En 1948, comme en 1916, nous avons crié: "Pas de paix avant que l'Allemagne ne soit anéantie". -- Il fallait que les deux grandes guerres se terminassent par une reddition sans condition de l'ennemi. C'était, disait-on, la pierre d'assise d'une paix durable. Reddition sans condition, exigence orgueilleuse et cruelle! Résultat: un conflit de plus longue durée; un monde plus inondé de misères, une haine d'une permanence quasi diabolique. Aveuglés par l'appât du gain, les grands fournisseurs de matériaux de guerre, les grands serviteurs ou fonctionnaires de l'État, les uns et les autres gavés de prébendes et de profits approuvaient fortement cette exaltation stupide de l'esprit racial et de la soif de domination. Le patriotisme de certains impérialistes se mesurait à l'intensité de leur haine et de leur cruauté pour l'ennemi.

Les ruines s'amoncelaient. On tuait jusqu'à trois cent mille citoyens en une seule nuit. Les villes croulaient. Les hécatombes s'accumulaient aux cris déchirants des blessés et aux sanglots des familles plongées dans le deuil. Le massacre devait continuer jusqu'à ce que l'ennemi tombât comme inanimé à nos pieds. Geste d'orgueil, entêtement cruel de racistes affamés de vengeance et de cupidité.

Nous l'avons eu l'ennemi tel que nous le désirions. Notre satisfaction a été courte ; nous commençons la longue expiation de notre rigueur païenne.

Le Boche avait été dur, sanguinaire même, c'est admis. Il s'agit de savoir si les défenseurs de la chrétienté ne l'ont pas surpassé. L'allemand s'est servi d'engins diaboliques. Qui prétendrait que les appareils infernaux étaient inférieurs de notre côté? L'Allemand a ouvert des camps de concentration où les nôtres ont souffert horriblement. Nos alliés, les Russes, ont organisé la dispersion, c'était plus discret et surtout plus facile. Ainsi, ils ont jeté dix millions d'Allemands sur les routes de l'exil, après les avoir dépouillés de tout leur avoir. -- L'Allemand a fait mourir ses prisonniers de faim dans les camps de concentration. Nous, nous avons pratiqué le blocus continental qui faisait mourir de faim nos alliés autant que nos ennemis. Hommes, femmes et enfants, amis et ennemis, tous ont été soumis à la barbarie alliée habilement dissimulée sous le vocable: Sauvegarde de la liberté, de la chrétienté et de la démocratie. La guerre économique, celle que nous avons poursuivie contre l'Allemagne et le Japon, n'a-t-elle pas constitué, après l'usage de la bombe atomique, la forme la plus inhumaine, la plus hypocrite -- parce qu'elle peut revêtir une forme de pacifisme -- d'attaquer l'ennemi? (2a)

Le voilà l'ennemi meurtri, humilié, déchiqueté, tel que, dans notre coeur de païen, nous l'avons voulu. Il nous faut maintenant le ranimer, le secourir, pour que, chez lui, les idées pernicieuses et les épidémies dévastatrices ne prennent racine; il le faut sous peine d'être engloutis avec lui. Plus par intérêt que par charité, il nous faut alléger la détresse où nous l'avons plongé. Et nous restons impuissants à soulager convenablement sa misère, tant nous l'avons faite horrible, démesurément intolérable.




L'ABERRATION DE NOS CHEFS

Le châtiment ne s'est pas fait attendre.

Le prix de cette reddition sans condition, l'adversaire n'est plus le seul à le payer. Cette reddition nous coûte des sommes folles. Aujourd'hui, l'Amérique expédie des milliards en marchandises pour réparer une faible partie de la destruction imposée à l'Europe par notre obstination. Peut-être même la paierons-nous par une vague de communisme. Pourtant l'humanité, désaxée par une propagande mensongère, honore comme des grands hommes, les coupables qui ont semé une telle misère aux quatre coins de notre planète. On nous présente comme des bienfaiteurs ces inconscients qui nous ont prodigué par milliards l'économie canadienne : près de deux cent millions au seul compte de la classe des cultivateurs de ce pays. (Le gouvernement n'a-t-il pas fixé le prix du blé à une cote inférieure à celle du marché mondial pour avantager des consommateurs d'outre-mer, faisant perdre du coup aux cultivateurs de l'ouest plus de 170 millions de dollars?) Soyons surpris après cela qu'on accueille nos chefs avec enthousiasme, quand ils se présentent dans les pays comblés de nos naïfs cadeaux. Renversons les situations: que vienne ici au Canada un chef de nation, qui aurait plongé les siens dans le dénuement pour nous présenter les milliards arrachés aux petites gens de son pays. Doutez-vous du triomphe que lui ferait notre population? Ce grand, cet admirable philanthrope retournerait chez lui tout chamarré de nos décorations si le Canada en avait à offrir à ses héros ou à ses bienfaiteurs. -- Car il arrive ceci que le Canada tant vanté dans le monde n'a en effet ni drapeau, ni hymne national, ni décoration. Nos héros doivent compter sur les étrangers pour recevoir la reconnaissance de leur bravoure. Sur les 24 000 décorations épinglées (2b) sur la poitrine de nos braves, pas une seule du Canada. Singulière fierté nationale! Singulière marque d'indépendance et d'autonomie!




L'EXASPÉRATION DE L'ALLEMAGNE - LES RESPONSABLES

L'Allemagne demeurerait, d'après la pernicieuse propagande, la grande responsable du dernier conflit mondial. Au fond, cette guerre n'est-ce pas nous qui l'avons préparée par l'inique Traité de Versailles? Ce traité de paix que nous avons refusé obstinément de corriger par la suite, restera, dans l'histoire, le document le plus ignoble jamais imposé à un ennemi. Pas un pays où règnent la moindre fierté et un peu de courage ne pouvait se résigner à vivre sous les conditions imposées à l'Allemagne dans ce document. La plupart des clauses de ce Traité restent inconnues du grand public. Pour ne pas nuire aux faussetés répandues par nos impérialistes, on jugeait préférable, en certains milieux, de tenir les peuples dans l'ignorance de cette pièce d'iniquité.




NOUS DEMEURONS SOURDS À DE JUSTES RÉCLAMATIONS

Le 19 septembre 1934, l'Allemagne (3), seize ans après le traité de Versailles, réclamait en vain des droits égaux à ceux des autres pays en matière d'armements. -- Nous faisions la sourde oreille à cette demande, alors que secrètement, pour avantager des industries anglaises, françaises et américaines - et cela en contravention flagrante avec le traité de Versailles -- nous nous préparions à fournir des armes à l'Allemagne. Vous apercevez le jeu: en réarmant l'Allemagne, on obligeait les autres pays à entrer dans la course aux armements, d'où l'encaissement de milliards par les industries de guerre. Les affaires sont les affaires.

Le 25 mai 1935, Hitler se déclarait prêt à accepter la limitation des armements (4), à respecter toutes les clauses d'un traité préparé librement de part et d'autre, sans aucune condition unilatérale. Il insistait surtout sur la nécessité de prévenir l'empoisonnement de l'opinion publique. Il connaissait la propagande mensongère érigée en système chez nous.

Qu'avons-nous fait? Conscient d'être les plus forts, convaincus d'être plus honorables, nous avons même refusé de discuter, avec Hitler, de la pacification du monde. Nous étions trop droits, trop respectueux des engagements contractés, pour nous attarder à un échange d'idées avec le Führer.

(5) Le 30 janvier 1937, Hitler réclamait le retour à l'Allemagne des colonies dont on l'avait dépouillée injustement au traité de Versailles. Nous, toujours sûrs de notre force et trop vertueux pour entreprendre des pourparlers avec l'Allemagne, nous gardions un pieux silence devant ces justes réclamations.

(6) Le 1er mars 1937, Joachim von Ribbentrop, ministre allemand des affaires étrangères, demandait à son tour que le droit accordé aux plus petites nations de posséder des colonies fût aussi reconnu pour l'Allemagne.

Toujours décidés de traiter l'Allemagne comme un enfant en pénitence, nos chefs gardaient le silence.

Le traité de Versailles, traité infâme, l'Allemagne avait assez de fierté pour ne pas le respecter. Nous, pour des raisons de lucre, nous ne le respections pas davantage.

(7) Le 7 septembre de la même année, Hitler déclarait de nouveau que les besoins économiques de l'Allemagne, besoins vitaux exigeants une restitution de ses colonies. "Sans colonie, disait-il, l'Allemagne se trouve sans cesse menacée dans ses besoins alimentaires". -- À tout cela, nous n'avons pas répondu. L'Allemagne n'avait qu'à subir l'esclavage qu'on lui imposait. Ne nous fallait-il pas dominer le monde à notre façon? Ainsi se préparait la deuxième grande guerre, par notre incompréhension de la psychologie du vaincu. Nous étions incapables de concevoir que les autres pussent nourrir des sentiments semblables aux nôtres et ne voulussent pas accepter des humiliations permanentes.

(8) Le 21 novembre 1937, Hitler réitérait sa demande ; il réclamait de nouveau qu'on redonnât à l'Allemagne ses colonies. Il disait la population allemande trop dense pour vivre sans colonies. Et nous, les sages, les justes, les pacifiques, les miséricordieux, nous n'avons jamais voulu admettre combien il eût été juste et sensé de remettre à l'Allemagne, dans un geste de justice ou -- si l'on veut -- de générosité, les colonies dont nous l'avions privée contre toutes les règles du bon sens.

L'année même où nous avions déclaré la guerre à l'Allemagne, le 30 janvier 1939 (9), Hitler, dans un discours conciliateur, -- le mot "conciliateur" se lit dans le document publié par le gouvernement américain -- déclarait que l'Allemagne ne réclamait aucun territoire à l'Angleterre et à la France, excepté le retour de ses colonies. L'Allemagne doit exporter ou périr, disait Hitler. À ce moment, les deux empires anglais et français étaient pratiquement fermés à l'Allemagne, et pour trafiquer dans ces empires, cette nation devait payer une forte rançon aux commerçants anglais et français.

Le 7 février 1939, von Ribbentrop énonçait que la politique étrangère de l'Allemagne se résumait à la lutte contre le bolchévisme par le pacte anti-Komintern et à la reprise des colonies allemandes. Il donnait l'avertissement que, pour atteindre ces fins, l'Allemagne poursuivrait une lutte implacable. -- "L'Allemagne ne peut reconnaître, déclarait-il, que les richesses de la terre soient partagées entre les grandes nations et même entre les petites comme la Belgique et la Hollande, à l'exception de l'Allemagne." (10)

L'Allemagne énonçait ainsi sa détermination de se libérer de l'esclavage que lui imposait le traité de Versailles. C'était la guerre certaine, à brève échéance, à moins que nous ne cessions de faire aux autres ce que nous ne voudrions pas que l'on nous fit à nous-mêmes. Sottement obstinés dans nos vues, toute notion de justice nous échappait. La paix dans le monde ne devait reposer que sur notre fausse conception du droit des autres. L'univers devait se soumettre aux vues des gavés des richesses de la terre ou reconnaître la pire destruction de l'Histoire.




LE MARÉCHAL FOCH "VIR PROBUS"

Foch avait combattu l'Allemand et il connaissait sa dureté pour la France. Mais ce généralissime de la première grande guerre possédait assez d'esprit de justice pour parler ainsi au lendemain de la signature du traité de Versailles qu'il considérait, toutefois, comme injuste pour la France: (11) "Que dire des colonies allemandes? Voilà un empire immense, éparpillé dans toutes les parties du monde, que l'Allemagne a fondé au prix des plus gros efforts, des plus gros sacrifices. L'Allemagne surpeuplée, tout autant que l'Angleterre sinon plus, pourrait dire, non sans raison, qu'elle a tout autant que l'Angleterre, besoin de ses colonies. On les lui prend cependant. On passe outre à ses protestations. La question ne se discute même pas. À peine posée, elle est résolue".

Cette opinion d'un maréchal de France, émise au lendemain de la première guerre, au moment où les passions n'étaient pas encore calmées, fait voir combien étaient justes et opportunes, les demandes de l'Allemagne répétées avec insistance dix et vingt ans après la signature du traité de Versailles et même l'année où a éclaté la deuxième guerre mondiale.




LES CHEFS ALLIÉS LES GRANDS COUPABLES

Sans faire le moindrement l'apologie des néfastes théories du nazisme ; sans vouloir aucunement justifier le manquement à la parole ou à la signature données d'un Hitler; sans chercher excuse pour la cruauté de certains Allemands, nous pouvons, tout de même, dire avec raison que les chefs alliés, par leur obstination à ne pas vouloir entendre les justes demandes allemandes, ont préparé la deuxième grande guerre. Une lourde responsabilité pèse sur eux pour la détresse immense qui couvre présentement le monde.




ON APPROUVE CHEZ NOS AMIS CE QUE L'ON CONDAMNE CHEZ L'ENNEMI

Au lendemain de la conférence de Munich (12), le 1er octobre 1938, les troupes allemandes occupaient la région de la Tchécoslovaquie appelée le Sudetenland qu'habitent en majeure partie les Sudètes d'origine allemande. Dès le lendemain, la Pologne envahissait, à son tour, une partie de la Tchécoslovaquie et s'emparait d'un territoire de 419 miles carrés de superficie (13a).

Le geste de l'Allemagne scandalisait l'Univers; celui de la Pologne passait inaperçu.

La répudiation par l'Angleterre et la France de leur engagement de venir au secours de la Tchécoslovaquie, en cas d'agression, ne constituait pas, pour nous, un scandale; c'était presque un acte de sagesse. Toutefois, lorsque les engagements des autres ne sont pas respectés, nous protestons avec la dernière véhémence. Quand nous sommes en défaut pour nos propres obligations, la publicité est discrète; une puissante sourdine étouffe les protestations.

Nous voyions, dans l'entrée de l'armée allemande en Tchécoslovaquie, une preuve qu'Hitler voulait dominer le monde. Lorsque l'armée polonaise a pénétré dans ce même pays, qui, dans notre presse, a condamné cet acte violence polonaise? Qui a regretté ce geste provocateur de la Pologne envers l'Allemagne?

Aussi, à peine trois semaines après cette invasion audacieuse de la Pologne en Tchécoslovaquie, Hitler demandait-il à la Pologne le retour à l'Allemagne, du corridor et de Dantzig. Et, pour donner une forme conciliante à cette requête, il garantissait à la Pologne, en même temps, un port à Dantzig, et une augmentation de la durée du traité germano-polonais de dix à vingt-cinq ans. "Il était temps, déclarait Hitler, que disparaissent toutes les sources de friction entre nos deux pays" (13b)

Mais la Pologne se croyant puissante, en raison de l'appui militaire promis par la France et l'Angleterre, choisit de tenir tête à l'Allemagne; elle refusa d'acquiescer aux équitables demandes allemandes, que nous-mêmes aurions faites, si le traité de Versailles avait sectionné le Canada en deux parties par un corridor, comme l'avait été la Prusse.

Nous touchons ici aux causes immédiates de cette guerre effroyable no. II. Nous sommes entrés en guerre pour sauver la Pologne. C'était notre savant prétexte. L'honneur nous y obligeait, prétendions-nous. Regardez ce pays, aujourd'hui anéanti par une dévastation incroyable et soumis au régime soviétique. Magnifique succès n'est-ce pas? Pour l'arracher à l'aigle germanique nous l'avons livré à l'ours moscovite. Beau triomphe!




À MAINTES REPRISES HITLER OFFRE LA PAIX

Après avoir mis brutalement à la raison la Pologne devenue imprudente, téméraire et même provocatrice par sa confiance aveugle dans l'aide que lui assuraient l'Angleterre et la France, Hitler nous a offert la paix à deux reprises consécutives, les 19 septembre et 6 octobre 1939. (14) Nous, les hommes de principes, nous nous pensions trop vertueux pour transiger avec Hitler qui venait d'écraser la Pologne abandonnée, dans sa lourde épreuve, par l'Angleterre et la France. Les garanties données par ces derniers pays avaient rendu la Pologne audacieuse et belliqueuse; elle commit l'erreur d'ajouter foi à des promesses vides de toute réalité. Mal conseillée par ses amis qui lui avaient donné la fausse mentalité des forts et l'avaient ainsi privée des arguments de la froide et saine raison, la Pologne se livra au martyre. Pour que l'holocauste fût complet, la Russie s'est ruée sur elle en même temps que l'Allemagne. Avez-vous jamais lu une ligne dans notre presse servile pour condamner cette agression de la Russie que rien ne pouvait justifier? La Russie était notre future alliée, il fallait user de diplomatie à son endroit et mettre nos grands principes en conserve.

La demande de Dantzig et du corridor n'était pas si déraisonnable, si elle n'était juste. Dantzig, ville allemande, aurait dû toujours demeurer attachée à l'Allemagne. Le corridor qui séparait la Prusse en deux parties constituait une anomalie géographique et économique. Un peuple fier et conscient des inconvénients considérables qui résultaient de ce sectionnement arbitraire de la Prusse ne pouvait le supporter indéfiniment. Le genre d'amitié manifesté par la France et l'Angleterre à la Pologne valait-il mieux pour ce pays, qu'une haine bien conditionnée? (15a) En cette circonstance, mieux eût valu, pour la Pologne, de trouver la France et l'Angleterre du côté allemand. Laissée alors à ses propres ressources, tout comme elle l'a été durant son écrasement par les armées allemandes et russes, la Pologne aurait été plus prudente; peut-être eut-elle acquiescé aux exigences allemandes. Chacun serait rentré dans son bien, évitant ainsi la guerre. Et la Pologne n'eût pas connu le joug russe, après avoir enduré une dévastation et un supplice effroyables. Incontestablement, le chèque sans provision présenté, avec bluff, à la Pologne par l'Angleterre et la France a allumé le conflit mondial préparé, de longue date, par le traité de Versailles.




LA DERNIÈRE OFFRE D'HITLER

En juin 1940, la France déposait les armes devant l'Allemagne victorieuse. L'Allemagne venait d'essuyer des défaites foudroyantes en Norvège et à Dunkerque. La France, ce que beaucoup ignorent, avait même rompu les relations diplomatiques avec l'Angleterre. (15b) Hitler était à l'apogée de ses victoires. L'avenir lui ouvrait des possibilités extraordinaires. Cependant, le 19 juillet 1940, il offrait la paix à l'Angleterre devenue une proie facile. (16a) Trois jours plus tard, le 22 juillet 1940, Lord Halifax refusait cette offre de paix et s'exprimait ainsi: "Hitler déclare qu'il n'a aucun désir de détruire l'empire britannique, mais dans son discours, on ne trouve aucune déclaration que la paix doit être basée sur la justice, aucune admission que les autres nations de l'Europe ont droit au gouvernement de leur choix, ce principe si souvent invoqué par les Allemands. Son seul appui s'adresse au bas instinct de la peur et ses seuls arguments sont des menaces. Son silence sur l'avenir des nations que, sous un faux prétexte ou autre, il a subjuguées, devient significatif. Très distinctement, à moins que la majeure partie de l'univers ait mal lu son discours, son tableau de l'Europe, c'est celui d'une Allemagne dominant tous les peuples qu'un par un il a privés de liberté."

Lord Halifax déclare que la paix doit être basée sur la justice! Il faudrait méconnaître la naissance des empires pour prendre l'homme d'État anglais au sérieux. Il faudrait surtout oublier le traité de Versailles. Lord Halifax proclame que les petites nations ont droit au gouvernement de leur choix; il craint qu'Hitler ne respecte pas ce droit élémentaire.

Il s'inquiétait à tort du traitement que le dictateur allemand pourrait imposer aux nations faibles. Notre alliée la Russie s'est chargée de leur accorder le pire régime imaginable et les inquiétudes de ce Lord se sont dissipées. Il est bien récompensé, et le reste du monde avec lui, pour avoir eu tant de souci pour l'avenir des petits peuples. Combien de ces derniers sont devenus, derrière le rideau de fer, la proie de la désolation et de l'irréligion, sous le joug du régime le plus détestable sur la terre: le bolchévisme?

En 1940, il eut été possible de faire la paix, si nous avions mis à traiter avec Hitler la centième partie de l'esprit de conciliation témoigné à Staline, cet intraitable. Nous nous sommes abaissés jusqu'à insulter Dieu pour être agréable à ce Bolchevique. Malheureusement par son langage blessant et belliqueux le représentant de la Grande-Bretagne enlevait toute chance d'apaiser les esprits, tout espoir de réconciliation. Comptez les morts, les blessés, les sans abris, les foyers désunis, les destructions, les hécatombes, les naufrages, depuis 1940; et voyez la responsabilité horrible qui repose sur les chefs qui n'ont pas compris que les conflits modernes ne règlent rien. Hypocrites, nous tenions à nous payer le luxe de pénétrer en Allemagne comme l'éléphant qui rentre gentiment et pacifiquement dans un magasin de porcelaine de Sèvres.

Si nous devions, sous peu, connaître les horreurs d'une troisième guerre, l'histoire pourra peut-être en chercher une des causes dans cette regrettable réponse de Lord Halifax. À Munich, Chamberlain avait évité la guerre par son esprit conciliateur. Toute la presse avait alors applaudi au maintien de la paix. Churchill a prétendu que l'on avait pris, à ce moment, le chemin du déshonneur plutôt que celui du devoir. L'année suivante, l'Angleterre entrait dans le sillon du devoir, selon Churchill, pour y laisser son prestige financier, sa puissance militaire et maritime, son empire et beaucoup de son honneur.

En 1938, l'opinion exprimée par la presse rendait tout conflit impossible. Personne ne voulait la guerre. En 1939 le temps de la conciliation est passé. Nos faux pacifistes ne furent pas longs à étouffer toute expression d'opinion contre un conflit armé ; aucun obstacle ne devait s'opposer à leur désir d'allumer le feu aux quatre coins de la planète. Chacun devait favoriser la guerre ou risquer d'être enfermé. Même en temps d'élections générales au Canada tous devaient être prudents et ne rien dire qui pût nuire à l'effort de guerre sans quoi c'était le camp d'internement.




HITLER, LA RUSSIE ET NOUS

D'Hitler, certes, je me garderai de me faire l'apologiste ou l'avocat. Le personnage était-il plus suspect que Staline à qui nous témoignons une patience, une mansuétude qui ne cadrent aucunement avec notre arrogance envers l'ancien Führer? Hitler néanmoins craignait le bolchévisme; il avait rencontré cette même crainte chez ses alliés, le Japon et l'Italie, qui signaient avec lui un pacte contre le Komintern. Comme plusieurs, Hitler ne voyait pas dans le catholicisme le meilleur contrepoison contre le communisme. Il contractait plus tard, il est vrai, une alliance avec la Russie, dans l'espoir de l'empêcher de s'unir à nous contre lui. Il était informé de notre flirt commencé avec Staline. Qui ne se rappelle notre attitude scandalisée le jour où nous avons appris l'épouvantable bassesse d'Hitler qui osait traiter avec les communistes. Nous étions cependant moins scrupuleux, notre tour venu, de solliciter l'Alliance de la Russie et de faire table rase de nos principes. Encore récemment, l'Angleterre ratifiait un traité de commerce avec la Russie; elle acceptait le blé refusé à la France après que cette dernière eut éconduit des communistes hors de ses frontières. Les accommodements de principes s'offrent nombreux quand il s'agit d'affaires.

Nous, au lieu d'essayer de traiter avec l'Allemagne, quand elle nous offrait la paix, au lieu d'en finir avec la menace bolchévique, nous avons préféré fortifier la Russie, l'aider à rendre son armée puissante. Nous avons préféré ouvrir de nouveaux crédits à ce pays, qui avait répudié, en 1917, tous ses emprunts internes et externes. Telle fut la sagesse de nos gouvernements.




LA PAROLE D'HITLER ET CELLE DE NOS CHEFS

La parole d'Hitler ne valait rien, nous disaient nos grands chefs, et c'était leur excuse pour continuer à tout détruire en Europe. La parole de nos chefs valait-elle mieux? Quand il s'est agi de guerre, d'armements, d'enrôlements et de conscription, nos chefs de toutes les couleurs ne nous ont-ils pas tous menti effrontément? Est-il une exception, depuis Sir Wilfrid Laurier jusqu'à notre virtuose du machiavélisme: King?

Un an avant la deuxième grande guerre (24 mai 1933), lorsque monsieur King, à la Chambre des communes, nous assurait que le Canada ne participerait pas à des croisades sur d'autres continents, disait-il la vérité? L'année même où nous sommes entrés en guerre contre l'Allemagne, quand ce même monsieur nous déclarait (31 mars 1939) que "le Canada avait à choisir entre maintenir l'ordre dans son pays et essayer de sauver l'Europe et l'Asie", laissant entendre par là que ce serait courir au suicide que d'entrer dans une nouvelle guerre, ce jour-là, disait-il la vérité? Quand a-t-il dit la vérité? Était-ce lorsqu'il nous tenait ces discours ou lorsqu'il allait porter à Hitler ses menaces de guerre, (16b) ou encore lorsqu'en 1937 il promettait secrètement à l'Angleterre que le Canada serait à ses côtés dans le cas d'un conflit avec l'Allemagne?




NOS PRINCIPES

Quels principes les deux grandes guerres nous ont-elles permis de sauvegarder? En pratique, existe-t-il vraiment une justice internationale autre que celle de la raison du plus fort? Tout récemment n'est-ce pas l'honorable Winston Churchill qui proposait de mettre la Russie à la raison avant qu'elle ne possédât, comme nous, la bombe atomique? N'est-ce pas là la formule de la raison du plus fort exprimée froidement par un des deux auteurs de la Charte de l'Atlantique, cette charte selon laquelle la force armée devait être uniquement au service de la justice contre la cupidité, l'arrogance et la soif de domination de quiconque?

Est-il une seul grande nation qui puisse se vanter d'avoir respecté tous ses engagements les plus solennels depuis cinquante ans?

Les nations si sévères pour censurer les invasions condamnables de l'armée allemande n'ont-elles pas ratifié elles-mêmes la campagne d'Éthiopie et la guerre anglo-boër, tout aussi injustifiables que les coups de force allemands?

Au juste, des deux côtés de la muraille, on ne respecte que ce qui fait son affaire, le reste on le répudie.

Chaque pays puissant voit la paix durable dans un monde gouverné à sa guise et selon sa justice à lui, appuyée par son armée à lui et sa marine à lui. Malheureusement les forts confondent leurs intérêts égoïstes avec la justice et le bien commun.

Sauver ses propres intérêts par le mensonge ou par la force, voilà le premier principe de l'oligarchie qui mène présentement le monde contemporain.




PÉTAIN, LE HÉROS EMPRISONNÉ PAR LES SIENS

Le 11 juillet 1940, (17) le Maréchal Pétain, instruit par les malheurs de la France, voyait dans le capitalisme international et le socialisme les auteurs de la dégradation de son pays et la cause de la guerre. "Il nous faut un ordre nouveau, disait-il, d'où ces deux éléments seront exclus." C'est dans l'épreuve que les yeux s'ouvrent le mieux aux réalités, et le noble vieillard, vénéré du monde entier, avait enfin compris, devant l'agonie de son pays, que le capitalisme vicié, en conduisant au socialisme puis au communisme, finirait par envelopper le monde comme dans un linceul de misère. Le héros de Verdun jouissait d'une mentalité trop droite et avait donné preuve de trop de courage devant tous ces lâcheurs qui reviennent à la surface en France, après l'avoir désertée à l'heure de la grande épreuve, pour que ses ennemis ne prissent pas le moyen de le faire disparaître. Ils ont réussi. Est-ce pour la gloire de leur pays?




LA DICTATURE ÉCONOMIQUE

Nous, nous attribuons la cause des malheurs présents au nazisme et au communisme, conséquences inévitables d'un régime capitaliste égoïste, insatiable, dur, implacable.

La dictature économique considère la guerre comme une nécessité; elle y voit un moyen d'éliminer le concurrent devenu dangereux parce que trop avancé scientifiquement ou trop industrieux, elle y voit aussi une façon de régler temporairement le problème du chômage inhérent à un régime qui, en concentrant de façon excessive la richesse dans quelques mains, prolétarise les masses.

Cette dictature ne connaît ni frontières, ni lois. Pendant que sa propagande habile et tapageuse force la jeunesse à aller se faire tuer, ou massacrer pour la protection de ses cartels et de ses monopoles, elle trafique avec l'ennemi pour accroître ses profits. Tout incroyable que cela soit, c'est quand même la vérité, et cela démontre bien jusqu'où peut descendre une société conduite par des esprits matérialistes. Elle exalte la bravoure. Elle décore même les morts, pour inciter les jeunes à l'héroïsme. En temps de guerre les plus inconnus montent aux cimes de la gloire. Et pendant que la jeunesse paie de sa vie sa valeur guerrière, nos capitalistes sans-coeur occupent les positions-clés dans les commissions gouvernementales et obtiennent, pour leurs cartels et leurs monopoles, des contrats plantureux.

La dictature économique veut des millions et encore des millions, pour satisfaire son avarice; puis de la puissance politique, pour répondre à son besoin de domination. Peu lui importe que le reste de l'univers périsse dans la cruauté et la misère, pourvu que leurs richesses mises à l'abri de toute concurrence continuent de produire des profits colossaux.

Pour la prochaine tuerie, ce sera la Russie qu'on désignera comme la grande responsable. Le prochain coupable sera le Soviet, l'ennemi le plus épouvantable de l'humanité, le sans-Dieu, et pourtant notre allié d'hier, celui que nous aurions pu amener à la raison avec l'aide de l'Allemagne en 1940, et que nous avons préféré fortifier et rendre puissant. Après avoir mis Hitler au monde puis l'avoir détruit, nous avons hissé la Russie au pinacle de la puissance militaire. Maintenant nous allons entreprendre de détruire, encore une fois, ce que nous avons édifié contre nous-mêmes.

Les guerres, c'est nous qui les préparons sottement, quittes à en attribuer lâchement la faute aux autres. Nous semons la haine et le mensonge à coup de centaines de millions. (18) Au besoin, nous inventons des atrocités pour soulever l'indignation du peuple et obtenir son appui pour déclarer et poursuivre la guerre. -- Ces iniquités ne nous empêchent pas de poser aux sauveurs de principes et de nous croire capables de donner au monde une paix durable assise sur le sable mouvant de la tricherie et du mensonge. Voilà quarante ans que cette mentalité païenne influence nos gouvernants, et voyez-les nous préparer une troisième guerre de la même manière que la seconde, parce que cette tournure d'esprit matérialiste persiste chez eux. Ils sont tellement gagnés au matérialisme que, pour ne pas déplaire au représentant de la seule nation officiellement athée dans le monde, ils ont omis de prier Dieu aux conférences inter-alliées. Pour eux, il était plus sage de déplaire à Dieu qu'à Staline. Puisque entre deux maux il importe de choisir le moindre, il était préférable, selon eux, de déplaire à Dieu qu'au chef des sans-Dieu. Quel reniement de la part de ces défenseurs de la chrétienté!




NOTRE HONTE

Tous les peuples qui ne se rangent pas docilement sous notre bannière, sont à combattre parce que, disons-nous, ils menacent nos libertés les plus chères. Dès qu'ils deviennent nos alliés, même si ce sont les Russes, on ne tarit plus d'éloges à leur endroit. Il fut un temps, durant cette dernière guerre, où quiconque aurait mal parlé de la Russie soviétique se serait vu rangé dans la cinquième colonne. Nos sentiments sur les problèmes les plus sérieux changent au gré des intérêts de nos gouvernants qui, eux, sont les représentants discrets, dissimulés des cartels et des monopoles.

Hier, on louait le Japonais, l'allié de l'Angleterre; aujourd'hui, c'est le barbare mis au ban du monde civilisé. C'est lui pourtant qui a encaissé les bombes à Nagasaki et à Hiroshima. Dans cette dernière ville, par une seule de nos bombes, plus de cent mille ont perdu la vie, pendant que soixante-huit mille édifices étaient détruits. (19) Voilà le dernier geste que nous avons posé, en réponse à la barbarie japonaise et allemande. C'est le geste des défenseurs de la liberté, de la démocratie et de la chrétienté.

Supposons un instant que l'Allemand eût gagné la guerre par la destruction simultanée de Londres, de Paris, et de New York, par trois bombes atomiques. Se figure-t-on le jugement des peuples vaincus à la suite d'un coup aussi formidable contre la civilisation? Obtiendrons-nous jamais le pardon de la destruction d'Hiroshima, conséquence de la reddition sans condition? Les enfants de nos enfants subiront peut-être les conséquences de ces abominations, car ces actes ne restent pas impunis même si la charité demande qu'on les pardonne. Le Pape Benoît XV nous a prévenu des chocs en retour de tout ce qui est inhumain et injuste.

(20) Le 28 juillet 1915, le pape Benoît XV écrivait aux belligérants de la première grande guerre: "L'on ne peut pas dire que l'immense conflit ne peut pas se terminer sans la violence des armes. Qu'on abandonne cette folie de destruction et qu'on réfléchisse que les nations ne périssent pas. Humiliées et opprimées, elles portent en frémissant le joug qui leur a été imposé, préparent la revanche, transmettant de génération en génération un triste héritage de haine et de vengeance."

Voilà la voix de la raison que tout chrétien aurait dû comprendre pour épargner au monde les horreurs présentes et celles qui se préparent.

Pour quel motif nos chefs, nos sauveurs de chrétienté n'ont-ils pas entendu ces sages avertissements et ces conseils marqués au coin de la divine sagesse? Ils pouvaient facilement, en écoutant le Pape, nous épargner la deuxième guerre prédite comme inévitable par Benoît XV, si nous refusions d'écouter Sa voix.




LE RACISME

Les déviations d'esprit de nos gouvernants proviennent aussi du heurt de deux racismes: l'un plus circonspect, mieux camouflé: le racisme anglo-saxon; et l'autre plus ouvert, plus brutal: le racisme allemand. L'Anglo-Saxon affectait de se scandaliser du racisme teuton; il ne se croyait pas atteint du même mal. Aussi l'orgueil a-t-il joué un rôle prépondérant dans les deux camps.

Bennett, Churchill et King ont, tous trois, vu la paix mondiale possible par le maintien de relations amicales entre les pays anglophones. Ils croyaient à une paix imposée au monde selon la conception anglo-saxonne. Hitler la voyait possible sous la puissance germanique. Bennett, Churchill et King ont parlé ainsi à tour de rôle, sans même se douter du mécontentement que cela pouvait causer dans l'Amérique latine et chez nos alliés latins en Europe, tant il est vrai que ceux atteints de ce mal ne s'en doutent même pas. Il est fort probable que Hitler se fût indigné, lui aussi, pour peu qu'on lui eût reproché son excès de racisme.

Je m'arrête ici. Je n'ai qu'effleuré arguments et faits. Ils prouvent néanmoins à tout esprit ouvert à la vérité, en même temps que les graves torts de l'adversaire, des responsabilités de notre part aussi considérables que les siennes dans la deuxième grande guerre. Cependant le peuple a été mal renseigné. On l'a trompé sur les causes de ce dernier conflit universel. Il place encore les responsabilités là où elles n'existent pas.

À moins de comprendre que le monde périra dans une nouvelle tuerie si une élite ne se lève pas pour mettre un frein à cette dictature économique imbue de matérialisme, dépourvue de tout scrupule, de tout principe, nous sommes voués à connaître des jours pires que tout ce qui s'est vu dans l'Histoire. La Providence seule pourrait, dans Sa miséricorde, nous épargner le châtiment que nous méritons pour la sottise de nos chefs.

Le surcapitalisme élit les gouvernants et conduit le monde à sa perte par le mensonge, la fourberie et l'âpreté au gain. Il est le père du socialisme et le grand-père du communisme. La guerre contre ces dernières erreurs doit commencer par la lutte contre le capitalisme vicié qui a répandu sur l'univers une ère d'usure comme jamais le monde n'en a connue.

La dictature économique, munie de la bombe atomique, fruit de ses laboratoires et de sa richesse -- richesse accumulée dans des proportions effroyables durant la dernière guerre -- cette dictature, dis-je, tient toutes les positions stratégiques et semble défier tout venant. Elle s'obstine dans son perfide amour de l'argent; elle ne cède rien de son emprise sur les nations unies, par les gouvernants, ses élus.

Malgré sa puissance et sa morgue, le surcapitalisme sera inéluctablement vaincu par le communisme. Seul pourrait sauver le monde l'avènement de chefs chrétiens et clairvoyants qui engageraient le combat et entreprendraient de détruire cette concentration de la richesse, avant qu'elle tombe dans les mains d'un gouvernement communiste. Toute concentration de cette sorte conduit, en effet, par la prolétarisation des masses, au communisme. Alors à la concentration de la richesse privée se substituera la concentration de la richesse étatique. Point d'autre issue. Le régime de la propriété privée peut survivre mais à la seule condition de mettre fin aux iniquités dont l'a infesté le libéralisme économique. Seuls encore une fois, des chefs profondément chrétiens et bien au fait du mal actuel peuvent nous préserver du châtiment qui point déjà à l'horizon.

Pour importants que soient les principes, leur application devient impossible si l'on ne peut discerner le vrai dans le brouillard épais d'erreurs et de mensonges qui plane actuellement sur le monde. C'est ce qui explique que la bonne foi d'une partie de l'élite soit surprise et que tant de braves gens défendent notre situation fausse.

On nous a trompés sur les origines de la guerre. Voulons-nous que ce régime d'empoisonnement de l'opinion continue? Tous les torts, on les a soigneusement mis d'un seul côté, afin de nous cacher savamment les motifs qui nous ont conduits à ce carnage inhumain, inutile et abominable: la cupidité, le racisme, l'usure.

Donnons-nous et, au besoin, formons-nous des chefs avec une mentalité centrée sur le bien commun et, en même temps, assez perspicaces pour voir clair dans le jeu perfide de la dictature économique, et y mettre obstacle avant la venue du grand soir.




NOTES:

1: Lire la brochure Le Dragon Rouge, publiée en 1947, par le Rev Père Georges Desjardins, SJ Recteur du collège de Saint Boniface, Manitoba.

2a: Pearl Harbor, par George Morgenstern.

2b: Appendice au hansard du 17 juillet 1947.

3: Events leading to WWII, Chronological History 1931-44, p.50, government printing office, Washington.

4: Ibid, p.62.

5: Ibid p.117.

6: Ibid, p.118.

7: Ibid, p.128.

8: Ibid, p.137.

9: Ibid, p.176.

10: Ibid, p.177.

11: Memorial de Foch, Recouly, p.175.

12: Events leading to WWII, p.167.

13a: Ibid, p.168.

13b: Ibid p.168.

14: Ibid, p.217-219.

15a: lire Defeat in victory, par Jan Clechanowski, 1947, ambassadeur de Pologne à Washington, Ed. Doubleday & Co. Inc. Garden City, NY.

15b: Events leading to WWII, p.249.

16a: Ibid, p.251.

16b: Hansard 11 août 1944, p.6656, édition quotidienne, p.6499 édition définitive.

17: Ibid p.250.

18: Propaganda in motion pictures, Investigation on war propaganda, 1942, p22-23-26, Government printing office, Washington.

19: Hiroshima, p.106, par John Hersey, 1946, Ed. Alfred A. Knopt, NY.

20: Pape, arbitre de la Paix, p.11, Henri Bourassa.