jeudi 23 avril 2009

Le combat du congrès juif contre Al-Jazira

Mise à jour (30 juin 2009)
Canadian Jewish groups have indicated that they will not oppose the arrival in the country of the English version of Al-Jazeera.


Publié le 21 avril 2009 à 08h14 | Mis à jour le 21 avril 2009 à 08h17

Al-Jazira refait une demande au CRTC


Agnès Gruda
La Presse


Cinq ans après une première tentative infructueuse, le réseau de télévision Al-Jazira revient à la charge et demande une licence de diffusion au Canada.

Cette fois, c'est sa chaîne anglaise, considérée comme plus «fréquentable» par ses critiques, qui frappe à la porte des salons canadiens. Avec, à sa tête, un atout de taille: Tony Burman, un Canadien qui a longtemps travaillé comme patron de l'information à la CBC. «Pour moi, c'est naturel de vouloir faire accéder les Canadiens à cette chaîne dont je suis très fier et qui est déjà diffusée dans 110 pays», a dit M. Burman lorsque La Presse l'a joint au Qatar, hier.

La chaîne anglaise d'Al-Jazira a donc présenté une demande de licence au CRTC qui pourrait déclencher des consultations publiques dès cette semaine. Le débat s'annonce houleux. Car, même s'ils n'ont aucun reproche précis à formuler à l'égard de la chaîne anglaise qu'ils suivent depuis deux ans, les opposants s'inquiètent. Pour eux, Al-Jazira reste synonyme d'une télévision militante qui donne le micro à «des racistes et des antisémites».

«Pendant ses deux premières années, la chaîne anglaise n'est pas tombée dans le type de racisme qu'on peut voir sur la chaîne arabe», reconnaît Bernie Farber, directeur du Congrès juif canadien. «Mais les deux réseaux ont la même image de marque», fait-il valoir. Encore tout récemment, une des chaînes d'Al-Jazira donnait le micro à un imam qui faisait l'apologie de l'Holocauste, note M. Farber.

Si le Congrès juif n'a pas encore fait son lit sur la demande d'Al-Jazira, une autre organisation juive, le Bnai Brith, ne mâche pas ses mots. «Cette télévision a une histoire de glorification du terrorisme, et même si la chaîne anglaise est différente, les deux appartiennent à la même organisation», dit Michael Mostyn, porte-parole du Bnai Brith.

Cet organisme n'a rien contre la venue d'Al-Jazira au Canada, mais à une condition: que le CRTC la surveille de près et s'assure qu'elle ne laisse rien passer qui soit «contraire aux valeurs canadiennes».

Surveiller le contenu

Le hic, c'est qu'il y a cinq ans, une exigence semblable avait suffi à faire dérailler le projet canadien d'Al-Jazira. À l'époque, le CRTC avait accepté de donner une licence à la chaîne arabe à la condition que son câblodiffuseur se porte garant de son contenu. La perspective d'une surveillance continue et coûteuse avait fait reculer les compagnies de câble. Le projet a avorté. A-t-il plus de chance d'aboutir cette fois-ci?

Tony Burman en est convaincu. «Nous avons fait une véritable percée pendant la guerre de Gaza, souligne-t-il. Nous étions la seule télévision internationale à pouvoir couvrir autant ce qui se passait à Gaza que ce qui se passait en Israël.» La guerre de Gaza a servi de rampe de lancement à la chaîne anglaise d'Al-Jazira, un peu comme la guerre du Golfe avait lancé CNN, note-t-il.

Tout en volant à la défense du réseau arabe, qui fait preuve de neutralité selon lui, Tony Burman fait valoir que les deux chaînes sont bien différentes, ne serait-ce qu'à cause de leur public. Al Jazira anglais répond aux intérêts de ses téléspectateurs dans 69 pays, et ne porte donc pas un intérêt particulier au monde arabe. Hier, par exemple, son bulletin d'information s'ouvrait avec un reportage sur la guerre civile au Sri Lanka. «Nous allons là où sont nos téléspectateurs, c'est-à-dire en Asie, en Amérique latine ou en Afrique, nous avons relativement peu d'auditeurs au Moyen-Orient», explique Tony Burman.

Il insiste aussi pour dire que les dirigeants du Qatar, qui fournissent 80 % du financement d'Al-Jazira, n'interviennent pas dans les décisions éditoriales.

«À mon avis, la chaîne anglaise d'Al-Jazira est comparable à CNN et BBC», dit Marc Raboy, expert des médias à l'Université McGill. Il dit comprendre les préoccupations du Congrès juif et du Bnai Brith, mais ne pas les partager. «Al-Jazira est la seule chaîne d'envergure internationale à être basée dans le Sud, elle fait du journalisme classique, mais avec une fraîcheur et une énergie particulières», dit-i

Marc Raboy, qui organise d'ailleurs un débat sur la demande de licence d'Al-Jazira mardi prochain à l'Université McGill, ne voit tout simplement aucune raison pour que cette chaîne ne soit pas offerte aux Canadiens.