mercredi 26 septembre 2007

Un discours du président afghan dicté par Ottawa?

Radio-Canada, 26 septembre 2007

Le Nouveau Parti démocratique accuse le gouvernement de Stephen Harper d'avoir utilisé un discours du président afghan Hamid Karzaï pour passer son message sur la mission en Afghanistan.

Le NPD a obtenu des notes révélatrices du ministère de la Défense nationale, en vertu de la Loi sur l'accès à l'information. Selon les documents cités par les néo-démocrates, des responsables militaires canadiens ont préparé un brouillon de discours pour le président Karzaï.

Ainsi, le général David Fraser indique que les statistiques, les messages, les thèmes et la structure générale proposés dans ce brouillon se retrouvaient dans le texte lu par Hamid Karzaï devant les députés et les sénateurs canadiens, le 22 septembre 2006.

La porte-parole néo-démocrate en matière de défense, Dawn Black, s'interroge aussi sur d'éventuelles pressions canadiennes pour influer sur les réponses fournies par le président Karzaï lors de récents entretiens avec des journalistes. Dans toutes ces interventions, Hamid Karzaï insistait notamment sur la nécessité de la présence militaire canadienne en Afghanistan.

Le NPD, qui réclame le retrait immédiat des soldats canadiens d'Afghanistan, accuse le gouvernement de se livrer à de la propagande.

Mme Black souhaite que cette question fasse l'objet d'un débat lors de la prochaine session à la Chambre des communes, qui s'amorcera avec le discours du Trône du 16 octobre. Elle entend aussi demander que le comité parlementaire de la défense tienne des audiences sur le sujet.

Les allégations du NPD ont été catégoriquement démenties par l'ambassade afghane à Ottawa, qui a dénoncé des propos ridicules et insultants.


Selon le NPD
le discours du président afghan était dicté par Ottawa
Presse Canadienne (PC) Isabelle Rodrigue
25/09/2007

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) soutient que, lorsque le président afghan s'est adressé au Parlement canadien, il y a un an, les rédacteurs de son discours n'étaient nuls autres que des militaires canadiens.

Irritée de constater que le message véhiculé par le président Hamid Karzaï était soufflé par des commandants militaires canadiens, il n'en faut pas plus à la députée Dawn Black pour accuser le gouvernement de se livrer à un exercice de « propagande ».

« Les parlementaires et la population d'un bout à l'autre du pays croyaient entendre la voix du peuple afghan. En réalité, ce n'était pas le cas », a dénoncé Mme Black.

Pour étayer ses allégations, la députée néo-démocrate a présenté des documents obtenus en vertu de la Loi sur l'accès à l'information.

« L'équipe a préparé la première ébauche du discours du président Karzaï au Parlement, le 22 septembre », peut-on lire dans un rapport de la Force opérationnelle en Afghanistan.

« Des statistiques clés, des messages, des thèmes et la structure générale ont été adoptés par le président dans ses remarques », se félicite aussi la Défense canadienne dans le document.

Dans son discours devant les députés et les sénateurs, le président Karzaï avait souligné l'importance de la présence militaire canadienne dans son pays. Le développement et la reconstruction de l'Afghanistan est l'objectif ultime, mais tout cela demeure impossible sans l'atteinte d'une sécurité, avait fait valoir le président.

« On nous a présenté de la propagande du gouvernement, du premier ministre et de la Défense nationale, par l'entremise d'un chef d'Etat international », a critiqué Mme Black, qui précise que le discours de M. Karzaï au Canada était différent du message livré la veille à New York.

Les allégations ont fait bondir l'ambassadeur afghan au Canada, Omar Samad.

« Je pourrais dire quelque chose de simple et déclarer que c'est risible et je pourrais être un peu plus sérieux et affirmer que c'est presque insultant », a soutenu l'ambassadeur.

Ce dernier insiste sur le fait que plusieurs conseillers du président Karzaï ont planché sur différentes versions du discours, et que la version finale a même été modifiée par le président lui-même.

Lors des visites officielles d'un chef d'Etat, il est pratique courante que la diplomatie canadienne ait un rôle à jouer dans la planification de la visite et fournisse des informations, sur demande.

Au bureau du ministre de la Défense, Peter MacKay, on estime que les affirmations du NPD ne sont qu'un reflet de sa position envers la participation canadienne à la guerre en Afghanistan. Le NPD exige le retrait immédiat des troupes.(...)

Les militaires auront néanmoins sûrement à s'expliquer devant les députés puisque les néo-démocrates ont bien l'intention d'obtenir des réponses à toutes leurs questions en étudiant l'affaire en comité.

Dawn Black estime aussi que le public est en droit de se questionner sur l'indépendance du président Hamid Karzaï lorsqu'il s'adresse aux médias canadiens, comme il l'a fait il y a une semaine.

La Défense a transporté à Kaboul les journalistes intégrés à l'armée canadienne à Kandahar, la semaine dernière, pour une entrevue avec le président afghan.

Encore une fois, Hamid Karzaï en profitait pour mettre l'accent sur l'importance de la présence militaire canadienne en Afghanistan.

« Tout cela soulève de sérieuses questions sur l'indépendance du président et l'origine de ses récents commentaires faits aux médias canadiens à Kaboul. Quel rôle le gouvernement canadien, le ministère de la Défense, le bureau du premier ministre ou le Conseil privé ont joué dans cette mise en scène? », s'interroge Mme Black.


Canadian military wrote Afghan president's speech: NDP

On dirait que Radio-Canada essaie de se refaire une réputation, après ces accusations de propagande qui pèsent sur leur crédibilité:

Des pacifistes portent plainte contre la couverture de la SRC en Afghanistan

Plainte contre Radio-Canada, Échec à la guerre, 10 septembre 2007

Couverture médiatique en Afghanistan - Radio-Canada rejette les accusations de partialité et de propagande